"J’ai mixé cette compilation assis dans un studio, entouré d’amis pour me mettre dans l’ambiance"
Au moment où sa carrière internationale semble décoller, Jack de Mars,
DJ techno dont la réputation en la matière n’est plus à faire, sort
chez Distance un set house que l’on pourrait qualifier d’honnête, «
Jack In The House ». Le gars n’en est pas à son premier contrepied, lui
qui aime et connaît bien toutes les musiques électroniques, qu’il vend
dans son magasin Wax records dans la cité phocéenne. D’une stature
imposante, et d’un naturel avenant, Jack est un type avec qui il est
plaisant de boire un coup. Il a commencé à produire quelques maxis
techno remarqués, et est un peu devenu l’ambassadeur de la musique
électronique made in the south of France. Ce CD qui arrive après «
Techno Methods », constitue un nouveau tournant pour lui. Wsound
l’attendait au virage. Interview sur un quai de la gare de l’Est (Jack
était en partance pour Nancy), petit cours d’histoire sous forme de
conversation.
On se souvient que tu jouais jungle en
soirée il y a trois ans, maintenant tu sors une compilation house,
alors que tu es plus connu pour tes penchants techno : où te situes-tu ?
Je n’aime pas avoir d’étiquette collée sur la veste, je suis
éclectique. J’ai commencé à jouer dans les clubs, et tu dois pouvoir
passer un petit peu de tout. D’ailleurs les djs qui font la différence
sont des djs capables de jouer de tout, de donner de nouvelles
impulsions à leur set en jouant des tracks différents. Mais je joue pas
n’importe quoi, il faut le faire bien, jouer des trucs spécialisés.
Certains djs jouent dans un set plusieurs styles de musique, ton credo se serait plutôt de les séparer.
Chacun a sa définition de la musique. Pour certains la house, c’est de
la dance. Ou la tech house de la house. J’aime le côté jazzy de la
house, la musicalité, les instruments. Et l’intensité j’aime la trouver
dans la techno. C’est bien aussi de casser. Pour ce qui est d’une
compilation mixée, il faut d’abord obtenir la licence des morceaux que
tu choisis. Là on avait 23 morceaux de prêts, et on n’a eu que 16
autorisations. Et puis sur un CD, t’as que 74 minutes, il faudrait 3
CDs pour faire un truc cohérent avec plusieurs styles. Le format est
restrictif. Là c’est un mix house, un peu new yorkaise on va dire, que
je peux pas jouer souvent, et plutôt à l’étranger. Tu peux danser
dessus ou l’écouter comme ça, c’est une émotion personnelle. C’est une
autre facette de ce que je fais habituellement.
La house et la techno ont connu des développements similaires.
Oui tout à fait. C’est assez proche. Mes influences dans les années 80
c’était l’electrofunk, et à la fin des années 80, j’ai eu la révélation
avec l’acid house. La voix me dérange pas si elle me sensibilise, mais
j’ai aimé aussi la new beat, qui avait un peu le côté froid que l’on
allait retrouver dans la tek.
Et comment as-tu découvert la house ?
En 92/93, je suis arrivé à Paris et j’ai pris une claque à BPM en
découvrant toute la production américaine. Et je me suis reconnu dans
cette scène-là. Le côté positif, la chaleur. Il y a tellement de
diversité dans chaque famille que les gens ont du mal à s’y retrouver.
Raconte un peu comment la scène électronique s’est développée dans le Sud ?
Il y avait les émissions d’NRJ que tout le monde pouvait écouter, les
gens sortaient en Espagne et en Italie, et puis à Marseille, il y avait
une boite qui a pas mal marqué son époque, le Tunnel. C’était des gens
qui revenaient d’Ibiza, et qui ont pris des risques, en ne programmant
que de la house. Il y avait un côté fashion, avec les bandanas et les
smileys, et puis j’ai participé avec d’autres personnes au
développement, en organisant des soirées et en ouvrant des magasins de
disques. Mais ça c’était déjà en 91/92. Il y a eu Smart imports et
ensuite on est arrivé, vers 95. Mais c’est difficile : on a du mal à
dégager la marge nécessaire pour vivre, c’est plus une question de
faire exister le mouvement, éduquer les gens de ta ville et payer les
charges. Le magasin, c’est une passion, et le deejaying me rapporte de
l’argent.
Mais avec le climat, il devait y avoir plein de soirées en plein air…
Avant, oui. Maintenant c’est la répression à tout va. Ca a fait
disparaître aussi des gens qui cherchaient juste la tune et qui
n’avaient rein à faire dans ce milieu-là, et ça c’est une bonne chose.
Maintenant qui dit rave, dit agression. Et la scène freeparty que je
connais pas trop. Même si les premières raves, les fêtes en plein air
c’est les Spiral Tribe qui nous ont tous initié. On a une culture rave
dans le Sud.
Tu voyages beaucoup, est-ce que tu tiens compte des disparités de goût entre les différents endroits où tu joues ?
J’essaye de m’adapter. Chaque ville a l’influence de la personne qui a
crée la scène au départ. Il faut à la fois garder sa personnalité, et
s’adapter. En Allemagne, techno. En Belgique, c’est plus funky, tech
house, en Suisse aussi. En Espagne, plus techno, sauf à Barcelone ou à
Ibiza où c’est carrément house. En général, plus tu as d’espace, plus
la salle est grande, et plus t’as besoin de dynamique. Les gens ont
besoin de son, d’énergie. Les endroits plus intimistes, tu peux te
permettre de jouer plus mellow, plus deep. Tu peux pas vraiment faire
une soirée house garage dans un grand endroit, à moins d’avoir un
système son énorme et qui restitue bien la musique. Ou à Ibiza, où les
gens sont conditionnés.
Et tu considères ça comme une contrainte ?
Pas du tout, j’ai besoin de changer de temps en temps, de jouer autre
chose. Si je ne le faisais pas, je crois que je tournerai en rond.
Arriver à faire danser des gens de culture différente est un vrai
challenge, et pas une mince affaire. Il faut trouver le bon filon,
savoir observer, se nourrir de toutes les émotions que peut dégager la
piste. Le dj n’est pas un juke box, il doit guider les danseurs,
raconter une histoire. Il faut rapidement rentrer dans le bain, c’est
ce qui est important. Je regarde à côté de qui je vais jouer pour me
faire une idée, je connais les disques qui vont de toute façon avoir un
impact, pour commencer, mais je ne prépare pas mon set à l’avance. Je
regarde, et je réagis vite.
Tu as aussi une activité de producteur. Quelles sont tes intentions réelles ?
Je ne peux pas encore m’y atteler à 100 %, et je dois avouer que je ne
connais pas assez bien le matériel pour faire un morceau tout seul. Les
morceaux ont été appréciés, mais je suis surtout reconnu comme dj. Et
il y a une vraie interaction entre les deux. La combinaison un
ingénieur du don plus un dj est une bonne formule :quand je rentre en
studio, j’ai déjà une bonne idée de ce que je veux faire, il s’agit
surtout de voir comment on peut mettre tout ça en pratique. Dans le
futur, je prendrais beaucoup plus de temps pour produire, mais faut
faire les trucs étape par étape. Là c’est une production qui est
dirigée pour danser, c’est plus facile à travailler. En plus ce qui est
bien sur Ozone, c’est que chacun produit son disque, je veux dire
financièrement. Chacun paye la fabrication, la conception, la promotion
de son disque, ce qui te donne une entière liberté d’expression. Que ça
sorte à 500 ou à 4000. C’est une bande de potes. Personne ne me pousse
à faire un album, j’ai pas de maison de disques derrière mon dos. Là ma
carrière internationale est en train de bien se mettre en place, d’ici
un an, je m’y mettrais plus sérieusement. Je voudrais faire un album,
partager des émotions, c’est une autre optique. Déjà je fais un break
tous les trois mois, parce qu’avec le stress, le speed, t’es obligé. Il
faut que je m’occupe du magasin, de la comptabilité, des contrats. J’ai
des agents à l’étranger, mais pas pour la France : c’est lourd à gérer.
Autour d’Ozone, il y a une scène qui est en train de mûrir dans le Sud. Peux-tu nous en parler un peu plus ?
Je pense sincèrement que c’est le prochain truc qui va se passer en
France. Ce sont des artistes qui produisent depuis quatre cinq ans,
donc là ça arrive vraiment à maturité. C’est quelque chose qui n’a pas
été trop exploité jusqu’à présent. On n’est pas des centaines de
milliers, mais il y a de quoi faire. T’as Ozone, mais aussi UMF, Good
Life, Logistic, G Funk, Surface, la compilation « Rhone Alpine Groove »
a montré le potentiel.
Est-ce que t’as une spécialité en tant que dj ?
Oui, je pense que j’ai mon son, pas une technique particulière. Mais
quand je prends les platines, ça se sent. Je joue une techno qui donne
envie de danser autant aux mecs qu’aux filles. Tu vas au Rex, il y a
autant de filles que de mecs, alors qu’avant… Je crois que c’est parce
que je suis éclectique, que j’écoute plein de choses. Il faut doser
aussi entre les disques clefs et des trucs plus difficiles. Il y a un
côté physique dans notre musique, faut que les gens se dépensent. Ce
qui intéressant, c’est d’avoir du temps pour jouer, ce qui arrive de
plus en plus puisque je suis souvent tête d’affiche. A l’époque, on
était très influencé par le lieu, dans les soirées en plein air, le
soleil qui se lève, le son qui se diffuse aussi différemment. Il y a
plein de choses qui comptent.
Comment décrirais-tu ta compilation « Jack In The House » ?
Il y a ma touche. C’est une histoire, ça commence assez doux, et après
ça monte un peu, avant de repartir sur des trucs garage. C’est venu
d’une after où j’ai mixé houe avec des gens de Distance qui ont
accroché. Et je l’ai refaite assis dans un studio, toujours entouré
d’amis pour me mettre dans l’ambiance. Je pense qu’elle est agréable.
On sent la présence humaine, quelques petits défauts, quelqu’un qui
rattrape le disque qui sort. Ca compte.
Gregory Papin
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